pocketfilms

Publié le par raphaël maze

> Désirs vidéophoniques, les nouvelles pratiques du mobile >

L’image en mouvement a créé des correspondances sensorielles, mémorielles, physiques et spatiales dans notre quotidien. Les images relatent nos expériences et participent d’une pensée intuitive, tout en suivant un schéma cognitif établi (une image succède à une autre image) sans rapport apparent avec la logique d’une pensée linéaire. L’image provoque une émancipation du réel. Le téléphone portable ouvre d’autres relations à la pratique de l’image notamment dans ce qu’ils précisent des transformations de notre rapport à de nouvelles pratiques urbaines : téléphoner et filmer dans la rue avec le même canal de la communication. Le mode de diffusion de ces films déplace t-il le lieu de la réception ? La trajectoire du train qui est déjà une image éculée et la diffusion du film sur mon écran de téléphone, m’assoit dans une double réception. La vidéo sur un téléphone mobile comporte des nouveaux champs d’exploration à la création et l’écriture de l’image. Le téléphone mobile réinvente une pratique ergonomique et quotidienne de l’utilisation de la vidéo. Cette pratique de la vidéo met au premier plan une technique amateur et autonome. Dans cette apparente autonomie de l’utilisateur, c’est la captation du quotidien qui peut rapprocher cette pratique du domaine de l’intime, de la prise de vue de l’entourage, de l’extérieur de soi, de l’idée de l’immédiateté, du spontané, de la pulsion scopique. Une caméra libérée des contraintes techniques et économique, une caméra, à portée de main, le désir de filmer au bout des doigts. Le film de poche contient, en plus de sa  spécificité d’être réalisé avec  un téléphone, l’ aptitude à une relation d’échange, de libre circulation.. L’internet/ blogs /bluetooth , etc…permettent à chaque film d’être vu , diffusé, échangé. Il y a un rapprochement  esthétique avec  la culture des vidéos clips et leur brièveté. Beaucoup de  films amateur utilisent la musique comme des ex-croissances (des œuvres dont la musique a été extraite, comme une urgence à l’image), donnant par les thèmes musicaux retenus des caractères dramatiques ou « acidifiés ». Ces « films directs » relatent des parcelles d’intime : enregistrement de sa vie, de ses ébats amoureux, de  portrait d’ami(e)s , de voyage intérieur comme extérieur  qui par leurs formes créent de nouveaux liens avec la narration où vont se croiser  les sphères publiques et privées.

Dans le cadre « amateur » du film au mobile, nous pouvons jouer avec l’obsolescence des appareils mobiles en passant d’une captation de 15 ips sur certains appareils à 120 ips sur d’autres modèles, des effets de pixellisation et de stroboscope liés à la vitesse donnent une matière onirique aux images vidéo. La lumière directe réagit elle aussi étrangement au prisme de ces appareils. Les enregistrements sonores natifs produisent  des distorsions, vignettent les mots et les sons d’une pièce.

D’autres pratiques expérimentales ajoutent aux films des compositions sonores , parfois très proches de celles utilisées par le cinéma expérimental dans son désir de distanciation et de refus. La vidéo portative, dès ses débuts dans les années soixante a, en quelque sorte, prolongé les diaries ,les home-movies, les expérimentations cinématographiques d’un cinéma différent , explorant de nouveaux types de narration. Dans ce développement, la vidéo,en restant parallèle à l’informatique a développé un langage visuel de l’immédiat, du mouvement, de l’abstraction, l’immatérialité pour postulat du message.

Nous vivons avec cette mutation de la vidéo  une transformation de notre relation  et de notre être au monde. Il y a là le lieu de nouveaux échanges, et de nouveaux territoires de rencontre.

> raphaël maze > 2009 >

 

 

 

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